
S'il est certain que le chien déparasité est un moteur de la
santé physique pour l'enfant (voir l'article sur les allergies), il est
également régulateur de sa santé mentale.
Le regard que le
Chien porte sur l'enfant (comme sur le
vieillard, l'invalide ou l'handicapé) va bien plus loin que la simple
apparence physique ou les performances scolaires et sportives.
L'œil du Chien
Le sens social du
Chien et le développement d'émotions
proches des nôtres font qu'il est souvent pris à tort pour un humain à
l'aspect un peu spécial.
Cependant il faut rappeler que sa conception du Monde est très
différente de la nôtre et pour des raisons très simples :
1. Ses Sens
Un Odorat subtil qui le plonge véritablement dans son monde
intérieur : captant des signaux multiples de communication et de
pistage, il reste de longs moments absorbé à renifler sols et réverbères
ou à humer l'air transporté par le vent.
Le captage des odeurs se fait en général avec des seuils de
détection 100 à 1 000 000 fois inférieurs à ceux de l'
Homme
(le seuil est la quantité nécessaire à la détection), et les chiens
perçoivent des signaux qui jusqu'à preuve du contraire nous sont
inconnus : les phéromones.
Son Ouïe fine lui permet une localisation très rapide de la
source d'un signal sonore (6 millièmes de seconde) et s'étale sur une
gamme allant des infrasons aux ultrasons (de 10 Hz à 45-60 000 Hz contre
16 Hz à 20 000 Hz chez l'humain).
Ses oreilles mobiles et indépendantes, doublées d'une grande
sensibilité acoustique lui permettent de poursuivre une proie dans les
hautes herbes et de communiquer avec un congénère éloigné de 6 à 11 km.
Sa Vue elle aussi est caractéristique du prédateur social :
la distinction des couleurs est plus restreinte que la nôtre et son
acuité visuelle (=> distinction claire des détails d'un objet) ne semble
pas dépasser 6 m (contre 23 m pour l'
Homme). En revanche, il est
doté d'un champs visuel couvrant 250 à 280° selon les races (contre 180°
pour l'humain), et son œil capte 90 images par seconde (24 chez l'
Homme),
permettant la détection des mouvements les plus infimes.
De fait le
Chien est prédisposé pour percevoir et décoder
les mimiques et gestes les plus subtils de son protagoniste (pas
nécessairement Canin), que les mouvements de ce dernier soient
volontaires ou non, inconscients ou non.
Cette liste qui ne pourrait être complète de toute façon,
n'étant pas à leur place nous ne savons pas subjectivement ce qu'ils
sentent et ressentent du monde qui les entoure, mais permet néanmoins de
montrer qu'
ils vivent dans un univers auquel nous n'avons pas accès,
un monde parallèle inconnu bien que superposé au nôtre.
2. Son Code Canin
Au-delà des schémas de préfiguration génétiques et
physiologiques, les Canidés ont établis au fil de leur évolution des
adaptations comportementales leur permettant d'évoluer au sein de leur
propre univers.
Des structurations sociales ont été édifiées et sont
réactualisées à chaque génération.
Cette culture canine est transmise très tôt, de la mère puis des
autres adultes aux jeunes, et des jeunes entre eux par imitation et
émulation. C'est une des raisons pour lesquelles
nul ne devrait
acquérir un chiot provenant de réseaux clandestins
(malheureusement ce n'est pas précisé sur le sourire du vendeur)
puisque les jeunes sont séparés beaucoup trop tôt de leurs mères, quand
ils ne sont pas orphelins.
Le développement normal du chiot passe par la découverte de
tout un panel de comportements, qu'il adoptera en présence de sa mère et
modulera en fonction des réponses qu'elle lui aura données en retour.
La personnalité du chien se forgera peu à peu dans ce jeu de va
et viens entre le tempérament du chiot et ses relations sociales
(parents, fratrie, autres).
Certains modes de communication (mimiques, postures,
vocalisations…) sont employés de façon privilégiée selon la spécificités
(= la sous-espèce) et même l'individualité. Mais fondamentalement et
pour tous les canidés sociaux, il est primordial de pouvoir situer les
individus qu'ils rencontrent et qui les entourent au sein d'une
hiérarchie.
La hiérarchie n'est pas une relation simple de
domination, mais un partage des tâches selon les aptitudes et
compétences de chacun. Le chef d'une meute sera seul à porter la
responsabilité de la meute, défendre le territoire, diriger les
déplacements et les chasses, choisir les lieux et moments de repos et de
jeu. En contre partie il aura certains privilèges, le premier pouvant
accéder à la nourriture et à la reproduction, et pourra se permettre des
attitudes telles que poser sa tête sur l'encolure de n'importe quel
membre du clan.
Le
Chien comme n'importe quel canidé social ne fera
valoir ses droits uniquement si le code canin de bonne conduite
hiérarchique lui semble transgressé.
Le jeune humain, lui aussi, découvre un monde qui lui est
propre. Il n'a pas à sa disposition les mêmes moyens de communications
et n'apprend pas le même code. C'est là qu'est le rôle de l'éducateur
canin, connaisseur de l'éthologie du
Chien, qui peut
enseigner
les comportements justes aux jeunes propriétaires et à ses parents.
La gueule du Chien
Sa gueule, surtout pour les grands chiens mais pour tous les chiens
qui montrent un jour leurs crocs, est capable de nous inspirer une peur
viscérale et ancestrale, ses mâchoires de prédateur étant pour notre
cerveau de grand singe démonstratrices de sa capacité à dilacérer nos
chaires… et il est naturel de ne pas désirer souffrir.
En réalité un chien n'approchera le plus souvent sa gueule de
vous qu'à cause de l'organe qui se trouve au bout de son museau,
c'est-à-dire son nez. Désireux simplement de faire votre connaissance et
utilisant sa truffe pour vous flairer et vous identifier, nous ne vivons
décidément pas dans le même monde…
1. Organe de préhension
Comme chez les bébés humains, le chiot met très tôt à la bouche
ce qu'il trouve dans son environnement, vérifiant consistance, solidité,
goût et réactivité de ces objets nouveaux.
Il commence dès la naissance par la tétine maternelle et
poursuit ensuite sur tout ce qui est à sa portée.
C'est sa mère, au moment où ses dents se mettent à pousser, qui
la première lui enseigne à se saisir délicatement de ce qu'il
s'accapare. Par la suite c'est toujours elle qui fixera cette
morsure douce lors des jeux et des bagarres, et toute la fratrie
s'entraînera donc à ce qu'on appelle la morsure inhibée.
2. Organe de morsure
Il y a plusieurs types de morsure, et les enfants peuvent être
victimes d'au moins trois d'entre elles :
- Un chien mal socialisé qui n'a jamais vu d'enfant, pourra
prendre ce petit mammifère qui courre à toutes jambes en poussant
des cris pour une proie : c'est la morsure de prédation, elle
est meurtrière.
- Un chien mal hiérarchisé que ses maîtres ont mis au
dessus de l'enfant, pourra par exemple ne pas supporter que celui-ci
le serre dans ses bras. Il le remettra à sa place de subalterne en
faisant ce que lui faisait sa mère lorsqu'il outrepassait ses droits
de chiots, c'est-à-dire prendra son museau dans sa gueule jusqu'à ce
qu'il se soumette : c'est la morsure inhibée, elle est très
grave puisque l'enfant n'a pas de museau mais un visage de texture
plastique et tapissé d'une peau fragile.
- Un chien peureux ou sur la défensive, sans être
spécialement poursuivi ou maltraité par le futur mordu, mais pouvant
simplement être irrité par des détonations ou des cris douloureux
pour son ouïe fine : c'est la morsure de défense, de bénigne
à très grave selon sa localisation et les circonstances.
C'est également là qu'est le rôle de l'éducateur canin, capable
d'
inscrire tout chien dans des attitudes sans danger et surtout
réfléchies, car il est hors de question de faire du conditionnement
à outrance lorsque l'on désire obtenir des résultats durables.
Heureusement, un chien équilibré n'utilise en général la
morsure que lorsque la situation l'exige et se montre très tolérant
notamment envers les enfants.
Les morsures de jeu, qui n'ont rien à voir avec celles déjà
citées sont le plus souvent bénigne et ne méritent pas d'en faire une
Affaire d'État, pourvu qu'elles restent rares et involontaires. C'est à
vous de réagir comme il se doit, de même lorsque votre bambin revient
avec des égratignures, bosses ou bleus de la récréation (sauf s'il s'est
fait tabassé par un gang bien sûr !).
Le Chien n'est pas un cadeau
Si votre enfant vous promet la lune dans le but de vous faire
adopter un chien ou tout autre animal, il vous appartient de rester
lucide et de savoir si s'occuper de son chien lui donnera
le sens des
responsabilités. Ce n'est pas à lui, et ce quel que soit son âge, de
répondre à ses besoins ni de prendre en charge son éducation.
Cependant il faut savoir que le chien sécurisera votre
enfant, lui permettant de montrer plus d'assurance et de recul face aux
situations stressantes qu'il rencontrera.
Tout enfant saura que son chien ne le jugera jamais. Ce qu'il a
fait ou a oublié de faire n'ont pas d'importance pour lui qui vit
l'instant présent, et il accueillera toujours son jeune maître avec
enthousiasme et bonheur.
De plus, la présence d'un chien semblerait atténuer les tensions
familiales et créer un pôle d'intérêt bien utile en période de crise.
Certains le considèrent donc comme un cadeau. Mais en aucun cas vous ne
devez adopter un chien en imaginant qu'il résoudra vos problèmes et
encore moins l'offrir à quelqu'un en cadeau surprise.
Bibliographie
- Evelyne Teroni, Jennifer Cattet, "Le Chien, un Loup
civilisé", des animaux et des hommes, Le Jour éditeur 2004.
- Caroline Ephrati, Nicolas Pizzinat, "Guide des
professionnels de l'animalerie", Aniwa Publishing, EDUCAGRI
éditions 2003.
- Gina Spadafori, "Un chien pour les nuls", First éditions
2003.
- Dr Vét. Pierre Rousselet-Blanc, "Encyclopédie active Le
Chien", Larousse 1991.