Animalité ?
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Animalité ?




" Les enfants, au lit "
" Rex, au panier "
" Max, tes chaussures "
" Médor, debout "…


Même s'il prononce mieux les voyelles en s'adressant à sa progéniture chérie, l'être humain utilise le même ton et la même forme de discours pour interpeller son chien.
Entre adultes, le discours devient légèrement moins aigu et plus monocorde…
L'humanité se débarrasserait-elle de son animalité en grandissant ?

Pour prendre un exemple proche de nous (en gros… quelque part en France), l'Homme des villes a vécu pendant des siècles entouré d'animaux de tout poil et de toute plume.
Nuisibles ou comestibles, de compagnie ou de travail, les animaux n'avaient que peu de droits et étaient traités sans égard par leurs maîtres (lorsqu'ils en avaient).
Bâtons, nerf de bœuf, fouet, cravache, aiguillon, brûlure, amputation… tout un arsenal pour mâter nos aides de travail (chiens, chevaux, mules…) et notre bétail alors que les coups de pieds suffisaient à faire déguerpir ceux de basse-cour qui s'aventuraient dans nos pattes (rappelons aux utopistes objecteurs que le Chien " meilleur ami de l'Homme " ainsi que le Cheval " plus belle conquête de l'Homme " élevés pour la chasse, la course et l'agrément n'étaient en quantité que le reflet des 1 à 2 % d'aristocrates et grands bourgeois).

Etrangement, les relations entre humains étaient du même acabit : on rôtissait avec autant de délectation les volailles embrochées, que les sorcières au bûcher. Et les enfants assistaient " main dans la main " avec leurs parents aux spectacles (familiaux et familiers) des abattoirs aux pendaisons publiques, écartèlements des suppliciés ou lentes saignées des cochons.

C'était dans cette bonne humeur, ce mélange de cris d'agonie et de hurlements d'enthousiasme que se forgeaient des caractères rudes, tout à fait capables d'exprimer avec fureur leurs émotions (amours enflammées, colères dévastatrices, passions dévorantes…) leur permettant entre autre de faire régner l'ordre dans le couple et plus largement la famille (rouleau à pâtisserie de la ménagère, coups de ceinturon du père, fessées au martinet…) ainsi qu'au sein de la société civile (bastonnades et amputations par les gens d'armes, baguettes souples des professeurs...).

Pouvoir déchaîner ses émotions dans des instants de frénésie permettait aussi d'être apte à trucider autrui avant qu'il ne vous trucide vous-même (la légitime défense était de fait bien gardée).

Les technologies mises en place au cours du 20ème siècle ont remplacé la force du travail animal (halage, labours…) clivant la sphère des animaux domestiqués.

Depuis plusieurs décennies déjà, les enfants des villes "modernes" s'imprègnent de ce rapport fraîchement installé entre les hommes et l'animal domestique, séparant d'un côté la masse des animaux industriels, producteurs de laits et dérivés, œufs, viandes, laines, cuirs… bref exploitables à merci ; à l'opposé des animaux de compagnie, supports de notre affection et de toutes nos attentions.
Etrangement, les relations entre humains pourraient être du même acabit… les enfants voient-ils une humanité scindée en deux : une immense foule dont chacun se doit de tirer profit, a contrario de quelques individus chers à nos coeurs ?

Que ce soit l'enfant en grandissant ou la société en se modernisant, la sphère humaine repose intrinsèquement sur l'animalité qui l'a fait naître et s'épanouir tout au long de son Histoire… et si l'on parle aux toutous comme on parle à nos chérubins… c'est probablement que l'animalité est dans l'Homme plus qu'on ne le laisse entendre.

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Dernière mise à jour:17/08/2008